5 août 1940 – 13 novembre 2025

Michel a présidé la section Alpes de la SFP en 1979. Cette section lui doit beaucoup, depuis les premiers séminaires de Question de Physique jusqu’à l’interdisciplinarité dans la Physique qu’il a toujours défendu. Nous accompagnons Claire dans la douleur de la perte d’un mari, d’un président, qui a su donner à cette section son dynamisme et son exhaustivité dans la Physique.
Aurélien Masseboeuf, pour la SFP Alpes
Michel Schlenker, né en 1940 à Marseille dans des temps sombres pour une famille juive, s’est éteint chez lui le 13 novembre 2025. Enseignant-chercheur depuis le début des années 60, il a intégré le Laboratoire d’Electrostatique et de Physique du Métal dirigé par Louis Néel. Sa thèse (1970) utilise la topographie aux rayons X, qu’il a développé à Grenoble, pour l’observation de domaines magnétiques. En 1971 (quelques mois après la remise du prix Nobel de physique à Louis Néel) j’ai commencé à préparer une thèse sous sa direction, en appliquant aux domaines antiferromagnétiques la technique dont il était devenu l’un des spécialistes mondiaux. J’ai ensuite participé à diverses initiatives scientifiques que Michel a menées, en particulier l’extension aux neutrons des techniques d’imagerie aux rayons X, et leurs applications à des domaines magnétiques « exotiques », tels les domaines hélimagnétiques, et à la coexistence de phases.
Hommage de José Baruchel, Scientifique émérite à l’ESRF
Michel a été très actif dans les actions scientifiques associées à la construction d’une ligne de lumière pour l’imagerie, dont j’étais responsable, au Synchrotron Européen de Grenoble (ESRF). Il a été l’un des pionniers de l’imagerie de phase aux rayons X, qui a pris depuis de l’ampleur et de l’importance. Le premier article dont il est co-auteur sur ce sujet, en janvier 1996, a été cité bien plus de 1000 fois, et continue de l’être.
Michel n’était pas seulement un scientifique de classe : lecteur infatigable, très cultivé, musicien, il parlait et écrivait à la perfection plusieurs langues. Son ouverture l’a amené à être très impliqué dans les relations, ou l’enseignement, au niveau international : je peux citer, par exemple, le réseau CLUSTER d’universités technologiques européennes qu’il a fortement contribué à mettre en place, et sa participation à la création, avec son épouse Claire, du cours européen HERCULES, dont il a trouvé l’acronyme, et qui fête ses 35 ans. Et il serait trop long de citer toutes ses activités d’intérêt général, qui incluent la Direction de son Laboratoire, et sa participation, en tant qu’expert, à de très nombreuses commissions scientifiques.
Il est difficile de parler de Michel sans mentionner le couple soudé qu’ils ont formé avec Claire qui a, au-delà de leur bonheur personnel, fortement contribué à leur indéniable succès scientifique, par leur constant soutien mutuel. Claire a conclu son intervention, lors des obsèques de Michel, en disant « la meilleure décision que j’ai prise dans ma vie fut de l’épouser ».
J’ai eu la grande chance, et le grand plaisir, de pouvoir travailler avec Michel, d’abord patron, puis collègue et surtout ami, pendant près de 40 ans. On pourrait me dire que j’ai une mémoire sélective qui ne garde que les bons souvenirs. Mais dans le cas de Michel ce n’est pas vrai : il n’y a tout simplement pas eu de mauvais souvenirs ! Michel était quelqu’un sur lequel on pouvait toujours compter : il associait (sans jamais se mettre en avant) exigence, créativité et rigueur scientifique avec une grande bienveillance, beaucoup de sens de l’humour, et une droiture totalement hors-normes.

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